La course de Montgueux fait de la résistance

Dernière course de côte de Champagne-Ardenne, l’épreuve mythique de l’ASA Auboise continue de survivre grâce à la ténacité d’une centaine de bénévoles passionnés.

Les belles mécaniques seront de sortie ce week-end à Montgueux pour la traditionnelle course de côte.

Les belles mécaniques seront de sortie ce week-end à Montgueux pour la traditionnelle course de côte.

 

Depuis bientôt 50 ans, la course de côte de Montgueux est le rendez-vous incontournable de tous les inconditionnels de sport mécanique de la région. Et samedi, une soixantaine de pilotes sont attendus pour la 49e édition. Un véritable exploit au regard de la crise qui frappe cette discipline.

« Nous sommes de véritables rescapés, assure Martial Millet le président de l’ASA Auboise qui ne veut surtout pas rendre les armes. Ces dernières années, toutes les organisations de la région ont mis la clef sous la porte, les unes après les autres. Pour notre part, nous avons dû arrêter Bouilly. Les causes ? concurrents de moins en moins nombreux, désaffection du public, règlements et contraintes sécuritaires et administratives écrasantes… Les associations ont préféré jeter l’éponge. Il ne reste plus que Montgueux dans l’ancienne région Champagne-Ardenne. »

Pourtant, avec l’émergence de la nouvelle découpe administrative, les dirigeants aubois ont cru un moment qu’ils tenaient là leur planche de salut. Avec 11 courses réparties dans le Grand Est, ils pensaient bien bénéficier d’une nouvelle dynamique. « Mais rien n’a changé, constate désabusé Dany Montagne l’un des piliers de l’ASA Auboise. À quelques exceptions près, les pilotes au pied des Vosges ne viennent pas dans l’Aube. »

L’an dernier, la cote d’alerte a été atteinte

Avec 50 pilotes au départ l’an dernier, malgré un millier de visiteurs, un équilibre bien fragile avait permis de limiter la casse. « Il nous faut au minimum une soixantaine de concurrents pour s’en sortir financièrement, ajoute le président Millet. Nous avons déjà une cinquantaine d’inscriptions et l’on peut espérer des engagements de dernière minute. »

Car, là aussi, la tendance est nouvelle, les pilotes attendent le dernier moment pour franchir le pas. « Problème de budget, peur de la casse lors de la course précédente, les temps sont durs, soupire Dany Montagne, et cela ne facilite pas la tâche des organisateurs. Et puis, tous les occasionnels ne repartent pas, faute de moyens. Les harnais, baquets, casques… ont une durée de vie de cinq ans. Et cela représente au minimum 3 000 €. »

Mais pour cette année, Montgueux est encore bien là avec une dizaine de monoplaces dont le vainqueur de l’an passé David Mayeur (Alsace) qui avait signé un chrono de 56’’289 et qui pourrait rencontrer sur sa route Jérôme Martin (ASA Melun), détenteur du record de la côte en 55’’894.

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Par Bernard CHOLET | Publié le 24/08/2018

Montgueux et Rachel Poittevin, 20 ans déjà

À 58 ans, le pilote de l’ASA Auboise redécouvre chaque année l’escargot avec la même motivation

Rachel Poittevin est en terrain connu sur les pentes de Montgueux ce dimanche.

Rachel Poittevin est en terrain connu sur les pentes de Montgueux ce dimanche.

Depuis toujours, la voiture c’est la grande passion de Rachel Poittevin. « J’ai découvert la course de côte de Montgueux, j’avais à peine 10 ans, se souvient Rachel. C’est mon grand-père qui m’emmenait sur sa mobylette. Du spectacle plein les yeux, on ne manquait jamais une course. J’ai dû attendre bien plus tard, la trentaine, pour pouvoir franchir le pas et devenir acteur. »

Et c’est avec une 205 rallye groupe N que le jeune pilote fait ses débuts. « C’était le 13 mars 1994, sur le rallye d’Avallon, je m’en souviens comme si c’était hier. Mais bien vite, je me suis rendu compte qu’il fallait posséder une assistance, procéder à des reconnaissances… Trop prenant pour moi, je venais tout juste de me mettre à mon compte comme artisan plombier du côté de Pont-Sainte-Marie. » C’est comme cela que cet accro de sport mécanique opte définitivement pour la course de côte.

« La côte, je la connais dans ses moindres détails »

Avec une 106 survitaminée de 125 chevaux, il commence à écumer toutes les épreuves du Grand Est avec un certain bonheur, remportant souvent sa classe malgré la concurrence. Presque une course chaque mois, il décroche également plusieurs qualifications pour la finale de la coupe de France de la montagne. Mais ce qu’il préfère, c’est chaque fin d’été, se retrouver sur les pentes de Montgueux, où cette passion dévorante a commencé.

D’ailleurs, samedi, il était là pour les premiers essais libres. « Mais je viens juste pour m’imprégner de ces deux jours que je vais vivre sans modération, avouait le pilote de l’ASA Auboise. Je ne prendrai le volant que dimanche. La côte je la connais dans ses moindres détails. » Il sera alors temps de passer aux choses sérieuses avec, pourquoi pas, une nouvelle victoire de classe.

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L'Est Eclair | Publié le 26/08/2018

La cours de côte de Montgueux en chiffres

Plus de 2 000 spectateurs, 80 engagés, et un nouveau record de la côte pour le vainqueur Jérôme Martin (Melun) : Montgueux revit et l’ASA Auboise voit l’avenir autrement.

Jérôme Martin, qui a dû batailler avec David Mayeur, a signé un nouveau record en 55’’828.

Jérôme Martin, qui a dû batailler avec David Mayeur, a signé un nouveau record en 55’’828. - Photo Florian MARE

 

49 C’était la 49e édition de la course de côte de Montgueux. Des festivités particulières sont déjà prévues pour la 50e l’an prochain qui aura lieu les 24 et 25 août. De grandes retrouvailles seront organisées entre tous les acteurs de la course de ce dernier demi-siècle. Montgueux est désormais la seule course de côte de Champagne-Ardenne où il est possible de marquer des points pour se qualifier pour la Coupe de France de la montagne.

80 Depuis plusieurs années, l’ASA Auboise avait du mal à réunir un plateau d’une cinquantaine de concurrents. Avec 80 cette année, c’est en quelque sorte un nouveau départ même si l’on reste loin des 150 pilotes des années 90.

Avec une telle participation, tout redevient possible. Les organisateurs qui, après avoir dû lâcher Bouilly dans un récent passé s’interrogeaient sur l’avenir de Montgueux, sont désormais complètement rassurés. La grosse promotion de la côte par les pilotes aubois lors de leurs déplacements a fait le reste.

7070 bénévoles ont veillé sur la course durant deux jours, dont plus d’une vingtaine de commissaires. « C’est le moyen rêvé d’être au cœur de l’action, même si l’on n’a pas l’esprit de compétition, se félicitait le président Millet. C’est une autre approche du sport automobile tout aussi passionnante. »

Pourtant, pour pour ces « accros » des belles mécaniques, la moyenne d’âge reste élevée, largement plus de la soixantaine. Il va falloir désormais faire passer le message auprès de la génération montante.

49 Il a fallu filtrer les engagements des véhicules historiques limités à 50 pour des questions de sécurité.

Mais entre chaque manche, ils se taillèrent un franc succès auprès du public. Les voiture « vintage » de papa ont toujours la cote. Un parfum de nostalgie, des voitures de légende, de quoi réconcilier les générations. De belles mécaniques qui font désormais partie intégrante du rituel de la course de côte.

10 C’est le nombre de podiums (assortis de deux victoires) que le héros du jour Jérôme Martin a collectés durant la saison.

Le scratch 1. J. Martin (Melun) 55’’ 828, 2. D. Mayeur (Alsace) 56’’509, 3. P. Mayeur (ASA 55) 57’’171, 4. F. Chatelain (Yonne) 57’’639, 5. C. Rosé (Mulhouse) 58’’567, 6. F. Amion (ASA 71) 58’’735, 7. D. Ersler (Chambley) 59’’159, 8. C. Hanot (Ardennes) 59’’181, 9. J. Gourdet (Ardennes) 59’’899, 10. D. Chatelain (Yonne) 1’00’’307.

55’’’828 Lorsque le vainqueur de l’an dernier David Mayeur rencontre sur sa route Jérôme Martin, le tenant du record de la côte (55’’894) qui entend bien le conserver, forcement la course prend une tout autre dimension. Et durant quatre manches, les deux pilotes se sont livré à une surenchère sans merci. Faisant régulièrement reculer le chrono, Martin avait non seulement le dernier mot mais signait même un nouveau record (55’’828). « Je n’avais plus gagner ici depuis 2016, soufflait le Francilien, et aujourd’hui je devais tenter quelque chose car Montgueux reste l’un des temps forts de ma saison, je viens ici depuis que je fais de la course de côte. »

Il lui faudra attendre l’ultime montée pour décrocher ce nouveau record. Se battant courageusement, améliorant régulièrement sa position, David Mayeur craquait dans cette fin de course âprement disputée. «  J’ai une sale blessure à l’épaule qui ne me permet pas de donner tout mon potentiel, pestait l’Alsacien, et j’ai préféré jeter l’éponge. D’ailleurs, je dois me faire opérer en fin de saison. » David Mayeur fut autrefois licencié à l’ASA Auboise et il nous confiait qu’il pourrait fort bien revenir dans l’Aube la saison prochaine.

Il faut descendre à la 15e place au scratch pour trouver le premier sociétaire de l’ASA Auboise, Mickael Jarillot, un ancien pilote de l’écurie Vauban qui a repris du service dernièrement.

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L'Est Eclair | Publié le 27/08/2018